La lune, vif-argent, taille, incandescente,  la pluie.  A voir sa face ainsi striée de noir, tu croirais voir ta tête dans un miroir. Tu ouvres ta bouche et souris. Une dent, perle d’argent, apparaît. Elle forme un petit croissant brillant. Tu voudrais te tailler. Te tailler sans te casser. Sans te mouiller. Passer entre les gouttes sombres et rester sous la lune vive. Te tailler des souliers d’argent, pour courir dans le ciel, vif, et couler, limpide et chromé sur cette terre sombre et ronde.

Des étoiles sous les semelles, donner des coups de pieds dans la voie lactée.  L’argent et l’or, qu’on a dans les mains, dans les reins et dans le corps tout entier, le donner, le dilapider dans la nuit carrée. La terre est ronde mais la nuit carrée.

De vif-argent tu as pleuré. La gueule du monde est taillée, crevée de vif-argent. C’est toi qui l’as sculptée. Une balle argentée soudain traverse la pluie,  en ligne toujours droite et courte. Le vif-argent a déchiré les bois épais et les lois humaines. Souviens-toi de cela quand la lune sera tombée dans le réveil !
Un loup, blanc et brillant, comme la lune, en croissant vif-argent, meurt la gueule ouverte, laissant poindre ses dents. La lumière est tombée dessus. À moins qu’elle ne vienne du dedans ? C’était lui le monde.
Le vif argent est mort, mais l’or ? Qui sauvera nos trésors ?

Tombe ! Tombe, en fines lames d’argent ! Tombe, et prend tout ce qui reste. Inonde, vif, argent, le courage qui tue et l’envie qui maintient en vie. Inonde et purifie de ton argent moirée les bruits pour rien, les espoirs manqués, les désespoirs du quotidien exagérés. Tombe et recommence. Inonde et lave. Enlace de tes bras d’argent les vifs instants.
Un loup meurt, un monde avec lui. Tu es  encore en vie.
Si demain l’argent est d’or, et tes souliers, vif-argent, pour découper une dent dans la nuit carrée. Le jour est rond. Un disque d’or, un loup, une balle.

Des lois pour les autres, mais cette nuit, des bois pour nous.

L’argent vif coule, inonde et s’évapore. Et puis revient, de la lune sur ta dent.

Valériane Des Voiles

Un baiser
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