Un banc est posé sur le bord du lac. Construit un peu haut, il y a entre lui et l’eau la longueur d’une jambe étendue. Assis dessus, on est au sec, mais du bout du pied, on est trempés. Ça y est. On y est. D’ici, nous pourrions plonger.

Un banc est suspendu sur le bord du temps. Il est suspendu, mais on dirait qu’il flotte. Et la flotte enveloppe mon pied. La jambe, au dessus, se balance, flèche dans le mil du moment. Je suis là en tout cas. D’ici, je pourrais m’arrêter.

Un banc est coincé dans l’espace. il est planqué dans les arbustes, et sous les algues gluantes, et derrière les nénuphars. C’est un petit poste d’observation d’où on ne voit rien du tout. Rien que des araignées d’eau, qui vont et viennent comme une écume. Rien que les reflets de l’eau, qui montent les uns après les autres sur les herbes touffues. À plat, ils étaient tordus, mais en grimpant ils deviennent droits. On ne voit rien que les libellules, qui brillent comme des scarabées. On ne voit rien qu’un décor, et deux corps restent plantés là, sur un banc au bord du lac.

J’entends une voix. La tienne peut-être? Si c’était ta voix, ce serait bien la première fois. J’entends ta voix, et tant qu’on y est (puisqu’on y est, n’est-ce pas?), j’entends le lac, les poissons au fond, et les miroirs par dessus.

Mais soudain, le pied au bord de l’eau, la lumière sur l’herbe, les yeux nulle part, la grande question s’est levée. Elle a quitté le banc, et à pointé sur moi son doigt courbé:

-« Rêves-tu? »

-« Oui! »

Valériane Des Voiles

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