L’heureuse gravité gère tout.

Parce que-partout de taille, elle est la Parque oubliée. Parce que le poids, parce que la pesanteur, parce que l’attraction terrestre. Terrible causalité, qui fait de mes gestes les effets du reste. Nul n’échappe à sa logique. J’essaie pourtant. Je cours, je fuis, j’essuie mes traces, je suis fugace ; Je tente la légèreté, mais toujours c’est la gravité qui vient à la fin. Dehors il pleut. La pluie tombe avec le ciel, et avec elle la dernière goutte, qui met le feu aux poudres. Tout craque. Paf !
Tout éclate et se brise. Vlan !
Le mouvement a foutu le camp. J’ai bousillé d’un coup l’espace avec le temps.

La chute toujours. Chute à la naissance, chute jusqu’au tombeau, chute en trombes d’eaux. La chute d’amour…Chut !
Fallait-il apprendre à tomber ? Pouvait-on prévoir ce drame, qui veut que l’âme s’envole en laissant choir le reste au sol ?
Le déséquilibre demeure toujours soudain. Brute épaisse et fracassante, c’est ta tête qui vacille, quand il demeure. L’harmonie du monde c’est lui ! Éternel instant présent du moment où tout bascule.

C’est la gravité qui le veut, c’est elle qui le commande. La chute est son moyen. C’est elle qui nous veut écrasés, ramassés une fois propulsés !
Nous irons là-bas ; si c’est un bas, si c’est un haut, qui le sait ? Si c’est bien beau, si l’on est las, qui le voit ?  Pouvait-on tomber plus bas ?
Mais peut-être n’est-ce pas nous qui tombons : ce sont les obstacles qui montent sous nos pas. Ne les sens-tu pas ? Ils grondent et s’élèvent pour qu’on décolle. Ils nous jettent vers l’atmosphère, et nous font bouffer la poussière. C’est là leur jeu. C’est Gravité qui l’a voulu et non sa sœur Destinée.

Se mettre en l’air, c’est notre dada jusqu’au trépas, mais Gravité est là, pour nous rappeler comment marcher sur terre…
On peut sauter l’évènement comme un mouton, et l’air, alors, est un instant accueillant, mais la terre attends, qui récupère l’élan. La physique a tranché : le moment ne peut être traversé qu’en un mouvement qui va de l’essor vers le haut à l’inévitable retour en bas. La courbe ne s’étire que pour mieux retendre les amarres des pieds au sol. Il faut s’élever pour mieux tomber.
Et c’est ainsi qu’advient, parfois, le miracle de la chute en l’air.

Heureuse Gravité, j’aimerais restée couchée dans l’art de ta chute-suspendue.
Pourquoi se relever si c’est en haut que je m’écroule ? La pluie coule, t’en souviens-tu ? Mais la terre peut-être est son éther. En tombant elle unit deux univers. Laisse-moi tomber en l’air, pour unir deux cœurs comme elle unit le ciel avec la terre.
Heureuse Gravité, c’est toi aussi qui veux qu’après la chute, l’homme soit fait pour se relever.

 

Valériane Des Voiles

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