au capitaine Nemo

Il était brun. Il était beau comme une dentelle de granit.
Il était dispersé, éclaté, à moitié englouti, comme un archipel. Tous les îlots de son corps détachés, déliés, formaient un autre monde étranger. Du sable…du sable et du vent seulement! C’est de sable qu’il était fait. Combien de châteaux, et combien de marées pour les emporter?

Avide mais passif, il attendait la femme ou l’événement qui le recollerait. Il accumulait les petites histoires comme des coquillages, mais toujours il se sentait vide. L’homme-archipel ne savait pas être entier. Entre chaque parcelle de lui, coulait une eau toujours transparente. Trop limpide! Rien ne la salissait: ni la boue, ni la vie, ni rien d’autre. Rien ne le marquait. Aucune existence en lui n’adhérait. Blanc et vierge pour toujours! Chaque île flottait comme un confettis de sa vie, au hasard des rives de l’océan.

Il lui faudrait un bateau à voile. Sous une lune unique, peut-être pourrait-il enfin voyager, sous le croissant gonflé du souffle de la nuit! Il dessinerait, avec les étoiles brillant dans l’eau, son itinéraire en pointillés. Pour une nuit, il se sentirait moins seul, si un chemin se dessinait entre l’île A et l’île B.
D’une vague à l’autre sur l’âme de l’homme-archipel, l’embarcation légère lui donnerait un chemin liquide pour se suivre et se survivre.

Mais cette douce navigation jamais ne pourra faire de l’archipel un continent massif. Il est segmenté, et c’est ainsi qu’il faut l’admirer. Pour les vacances.
Il était brun. Il était beau sous ses airs détrempés. Aride et desséché, il était détaché de ses morceaux, et je m’attachais à ses lagons à demi-renversée dans l’eau.

Valériane des Voiles

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