Pour un oui, pour un non, sans raison, des larmes de crocodiles roulaient dans ses beaux yeux, et ne se décidaient à tomber que si la femme caprice tapait du pied. Par chance, cela arrivait souvent.

Lorsqu’elle était enfant, on lui disait souvent qu’avec le temps, elle oublierait. Qu’avec l’âge cela passerait. Et la femme, alors fille, le voulait. Sans méchanceté, elle voulait bien être raisonnable. Elle voulait: tout et son contraire justement (ce qui n’est pas si difficile à faire qu’on le croit ordinairement). C’était la chose la plus naturelle du monde pour elle qui ne voulait, en fait, rien du tout. Elle aurait pu tout aussi bien rester là, étendue quelque part, les yeux dans le vague et le vague dans l’âme. Mais la vie, -oh non, elle n’y était pour rien ! C’était la vie voyez-vous, qui l’avait mise sur ce chemin là-, la vie donc, qui l’avait poussée à s’agiter, et à commander un peu de tout, et à tous. Sans envie, elle exigeait tel objet ou tel homme, comme jadis telle poupée ou tel jeu. Sans envie, elle prenait tout ce qu’on lui cédait, et on lui en cédait beaucoup. Sans plus d’envie, elle délaissait ce qu’elle avait. Parfois, elle craignait qu’on ne l’abandonne aussi.

Il y eût bien une époque glorieuse où elle avait vingt ans, et où elle était dupe du manège de ses caprices. Alors, elle croyait sincèrement, et peut-être même gentiment, que le vide qu’elle sentait, s’il n’était point comblé par ceci, le serait par cela. Alors, son entourage un peu étourdit croyait qu’elle était précieuse, bien plus que capricieuse, et l’on vantait même, en certains lieux, la délicatesse de son palais ou de son odorat, quand elle repoussait, dédaigneuse, tous les plats qu’elle avait elle-même commandé. Alors, elle attendait son prince ou son sauveur, qui, enfin, lui donnerait ce qu’elle veut.

Mais à présent, pauvre âme et vieille dame, elle ne peut plus ignorer. La vérité, elle la connaît. Personne ne viendra. Personne qui puisse lui donner ce qui n’existe pas. Tout un chacun passe, et offre ce qu’il a, et donne ce qu’il est, et c’est parfois bien peu. Mais jamais ce n’est rien.

Ainsi s’étale, longuement dans le temps, la malédiction de la femme caprice; de celle qui ne voulait Rien.

Valériane Des Voiles

illustration: Photographie de Marilyn Monroe

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  • Romain dit :

    Ils sont bien vus ces spécimens, je les visualise parfaitement!
    Ils sont là, pas très loin parmi nous. Drôle de galerie dépeinte ici. Des portraits au vitriol qui amusent et inquiètent parce qu’on s’y reconnaît tous fatalement un peu. Gloups! Me reconnaitrais-je aussi dans le prochain?
    L’important est de ne pas céder à sa part d’ombre… du moins pas complètement. Un soupçon de cynisme ou de caprice ne peut pas faire de mal, si?
    Ou alors il faut tout nier en bloc, jurer ses grands-dieux que ces odieux spécimens n’ont rien de commun avec nous!… Oui,mais c’est un peu ouvrir la porte à « L’homme-Hypocrite »… Meeeerde!

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