Au cas où tu douterais de la véracité des portraits ici présentés, je prends quelques instants pour t’avouer que derrière chaque spécimen se cache une rencontre, parfois brève, mais toujours réelle. Derrière les masque, ne t’en déplaise, il y a toujours quelqu’un. Si tu devines qui est la femme blanc d’œuf, je t’offre une meringue, une mousse ou un nuage…

La femme blanc d’œuf avait l’art de lier les uns aux autres, de les accommoder, de leur donner du corps et parfois plus de goût. Muse gustative privée de talent, mais sans pareil pour soutenir celui des autres. La dame blanche, de sa transparence visqueuse profitait pour laisser à sa nature le don du travestissement : si l’état liquide était celui auquel tout la ramenait, un peu d’agitation la faisait monter en neige, et pour quelques instants, quelques instants seulement, elle pouvait faire mine d’être consistante. Je veux dire solide.

La femme blanc d’œuf n’était pas sans qualités, ni sans bonté. C’est devant toutes ces beautés humiliées, qui vivent sur terre pieds nus, et vont sans se connaître qu’elle agissait, mère poule à sa façon. Elle offrait volontiers un peu de son élasticité, de sa fade douceur et de son don de réunion, pour réparer un peu les pots cassés. Elle avait l’amour des autres.

Mais la femme blanc d’œuf n’était pas non plus l’ange dont elle rêvait. Parfois, un éclat de coquille gâchait la mixture. Parfois, l’œuf était pourri. C’est l’enfer qui s’ouvrait alors, puant, fumeux, abrasif. Bête et méchant. Il fallait s’y attendre, car rien n’existe sans contrepartie, et le prix de la douceur c’est toujours la cruauté.

Un soupçon de nacre tranchant, et la bouche se met à saigner. C’était, pour la femme blanc d’œuf, une autre manière d’être pimentée.

Valériane Des Voiles

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