Attention Spoil!!!!

Après avoir vu Rogue One, je m’étonne. J’ai besoin de toi, lecteur, car j’ignore si je rêve ou bien si ce sont les autres qui dorment! Afin que tu puisses m’éclairer, laisse moi te présenter l’objet de mon désarroi.

Rogue One se déroule, et c’est, ma foi, un divertissent qui joue son rôle, puisque je ne m’ennuie pas. Le spectacle est efficace, même si cette fois-ci l’épisode a tout d’un film de guerre, ce à quoi nous n’étions pas habitué dans l’univers Star Wars. Ici, tous les médias, je crois, ont épilogué sur les scènes soldat-ryanesques, et mon commentaire serait redondant.

En revanche, ce que personne ne semble relever, c’est l’étrange discours du film. Les héros s’embarquent pour une mission suicide. Au risque de te choquer lecteur, ou pire, de te décevoir, ce premier point est déjà source de malaise pour moi, car si j’admets très bien que l’on puisse se sacrifier pour un autre, je crains que le sacrifice perde son sens lorsqu’il est fait au nom d’une cause abstraite, quelle que soit la légitimité de cette cause. Ai-je besoin de me justifier? Ne crois pas que j’estime devoir te rendre des comptes, car tu lis ces lignes de ton plein grès et tu es assez grand pour assumer aussi nos désaccords. Mais néanmoins je vais m’expliquer, pour te montrer que je suis ouverte au dialogue. Si je meurs pour sauver (le mot est important) une personne déterminée, c’est un sacrifice au nom de la vie. Si je meurs pour promouvoir une cause, c’est la mort qui devient ma valeur. Et c’est ce que je récuse. « Mais les résistants alors? », me diras-tu, car tu es, lecteur, je le sais bien, fougueux! « Les résistants, te dirais-je, s’engagent d’abord à agir. La mort n’est pas un objectif. Elle est une conséquence toujours regrettable. »

Mais dans Rogue One, nos Kamikazes vont plus loin encore. Non seulement, ils courent à une mort certaine au nom de leur cause, mais encore ils y courent  pour soulager leur conscience. Très explicitement, et dans un discours qui se veut héroïque, le Capitaine Cassian Andor  explique qu’il ne supporte pas les actes qu’il a commis pour l’alliance. Que s’il s’arrêtait là, il ne pourrait plus se regarder dans un miroir. Il lui faut donc aller au bout! Mais quelle est donc cette cause indigne qui inflige à ceux qui la portent d’agir contre leur conscience et ce qu’elle peut supporter? Quelle est cette cause tyrannique qui commande que ceux qui la défendent cherchent la mort pour s’oublier, ou pour se supporter? Cette cause peut bien prendre le nom de liberté, elle n’est pas bonne. Ses moyens sont inacceptables. Ce sont les mêmes qui conduisent des jeunes paumés à se faire sauter dans les marchés et dans les théâtres, à tirer dans la foule et à commettre toutes les exactions.

Comment est-il possible qu’un film de cette envergure (gros studio, gros budget, gros public) laisse passer pareil message? Ou bien ce message n’est pas volontaire, et les scénaristes ont simplement cherché à faire coïncider au mieux Rogue One avec l’épisode IV, dans lequel il est vrai, on sait que l’Alliance a fait de lourds sacrifices pour obtenir les plans de l’étoile de la mort. Mais alors la coïncidence exigeait-elle que ce discours soit prononcé par Cassian Andor? Ou bien ce message est volontaire, et il marque alors la dissociation de l’univers Star Wars et de la mythologie. En ce cas, il n’y a plus de bien ou de mal; le côté obscur est plus ou moins partout et oui les résistants agissent en terroristes…

La solution de facilité, comme d’habitude, est de tomber dans le relativisme le plus total, de ne plus assumer une présentation morale ou métaphysique.. et même disney s’y adonne désormais. « Les rêves sont pour la bleusaille »….alors tant pis, je serai bleusaille!

Valériane Des Voiles

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Join the discussion 3 Comments

  • Sam dit :

    Réaction à chaud après projection, même ressenti… même goût amer d’une petite musique de sacrifice qui est venue à mes oreilles, du style « préparez vous », bref malgré le spectacle, le malaise que tu décris parfaitement.

    Par contre je ne laisserai pas les souvenirs d’un petit satyre attachant et d’un demi dieu qui refuse son entrée à l’olympe pour la belle megara ainsi traîné dans la boue… les rêves ne sont pas pour la bleusaille, et c’est pas un film de propagande, ni le flot de désespoir qu’il déchaîne qui éteindra les rêves, et les rêveurs 😉

  • Romain dit :

    Je rejoins complètement cette analyse. Sans avoir trop réfléchi sur la question de la légitimité ou non du sacrifice, c’est cette totale indifférence que j’ai ressenti à la mort des personnages qui m’a profondément dérangé.
    Je me suis fait la réflexion en sortant de la salle: « Tout le monde est mort, et pourtant je m’en fous. »
    Est-ce uniquement parce que leur psychologie a été taillée à la tronçonneuse entre deux scènes d’actions? Parce que je savais que c’était couru d’avance?
    Pourquoi la mort d’un groupe de personnages que j’ai suivi pendant deux heures ne me fait ni chaud ni froid?
    En les faisant passer pour des martyrs résignés à leur sort, le groupe de rebelles est présenté comme de la chair à canon désignée d’office pour aller joyeusement à l’abattoir. J’avais l’impression de voir des soldats du film Starship Trooper… sans le second degré de Verhoeven. Mais là où le film de 1997 dénonçait en jouant la carte de l’excès le totalitarisme, la propagande et un fascisme ambiant, Rogue One semble en faire peu de cas.
    La politique du film est simple. Il faut que les personnages deviennent des icônes de la résistance. Ne pas pleurer l’homme, mais applaudir l’idée qu’il défend. Déshumaniser pour mieux incarner. La fin justifie les moyens. Dans Rogue One, un résistant ne meurt pas comme le commun des mortels. Il meurt de façon propre et lisse sans une goutte de sang dans un sursaut de sacrifice et de repentance judéo-chrétien. Il tient la main de son camarade et dans un ultime sourire il s’avance vers la lumière qui l’emmènera au paradis des résistants. Il a l’air tellement content de son sort, qu’au final, le spectateur a l’impression que c’est le laisser vivre qui aurait été criminel.
    Donc oui, tout le monde meurt et on s’en fout, vu que tout le monde a l’air content de son sort. Seul le spectateur, quand il sort de la salle, se dit qu’on l’a un peu pris pour une poire.

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