100% dégraissage:

15h: Entre les congés, les arrêts maladies et les retardataires, une petite quarantaine de conseillers pole emploi se pressent dans la salle de réunion. Les chuchotis forment un bruit assourdissant lorsque Thomas, le pas rapide et le regard hautain s’engage dans la pièce aux vitres teintées. Un repaire de conspirateurs…La première pensée qui lui avait traversée l’esprit lors de sa prise de poste. Magali se rassure à présent en imaginant faire partie intégrante d’une confrérie pour le salut des âmes précarisées.
Et comme tout membre digne de ce nom, elle se doit d’être au maximum de ses capacités. Elle s’avale donc en quatrième vitesse une barre chocolatée.
-Bonjour à tous. Nous allons commencer notre réunion hebdomadaire. Et le programme est chargé….je vais donc vous demander toute votre attention.
Sans blague…T’aimes surtout t’écouter parler…
S’ensuit la sempiternelle litanie des chiffres et statistiques pour l’emploi local, le programme de mise en place de la dernière convention pôle emploi, la revue des « cas désespérés » comme Mireille les surnomme….toutes ces choses que Magali n’écoute que d’une oreille distraite, préoccupée qu’elle est par la situation de Paul Marciac.
Elle aimerait évoquer sa situation mais son cas n’est pas assez « inquiétant » aux yeux de l’équipe dirigeante.
Thomas commente le renforcement des contrôles, mesure qu’il soutient inconditionnellement. Aussi exige t-il un travail exemplaire de ces collaborateurs afin de traquer ceux qui mettent à mal la courbe descendante du chômage.
Il s’emporte contre la fermeture de l’usine Z…., principale pourvoyeuse d’emplois dans le bassin local. On peut le comprendre, Thomas….ça va mettre un sacré coup aux stats….Mireille hoche vigoureusement le tête, Jean-Pierre prend consciencieusement des notes, Magali, elle, se désole pour le surcroît de travail que cela va lui procurer. Ses oreilles bourdonnent tandis que ses collègues se plaignent du sous-effectif, de la charge de travail proportionnelle à sa charge pondérale.
Elle a juste envie d’envoyer balader Thomas et son ego surdimensionné, son humanité de la taille d’un micro pénis, ses certitudes sur les allocations chômage trop élevées. Elle voudrait bien s’en griller une mais bien sûr son directeur adulé est lancé pour faire durer cette foutue réunion jusqu’à 17h.
-Magali, vous êtes toujours avec nous? Parce qu’il me semble que cette question vous concerne directement…
Quoi? Quelle question?…. « Le nombre d’offres d’emploi que tu as relayé », lui chuchote Jean-Pierre. Ah oui, elle n’était pas sûre d’être en haut du tableau des médailles…
-Bien sûr, Si une offre parait pertinente pour l’un des mes demandeurs d’emploi, je la transmets dès que possible, déglutit-elle
-A la bonne heure… Non seulement vous êtes assez intelligente pour apprécier la qualité d’une offre mais en plus vous êtes diligente…Me voilà rassuré.
L’ironie mord,…mord vraiment.
-La prochaine fois que je traite une offre d’emploi dans la chaudronnerie, rappelez moi de la transférer à tous les candidats cadres dans la grande distribution. Çà sera bon pour mon image de marque, répond t-elle rageusement.
Magali en a marre d’être prise pour une poire. Elle en a ras le bol du mépris à son égard, à l’égard de ces collègues, à l’égard de ces « dossiers » puisque le mot « humains » est devenu trop difficile à prononcer.
Et là, elle a vraiment besoin de prendre l’air, d’une clope, d’un bonbon à la menthe, d’échapper à l’asphyxie qui la guette. Elle ne sent même pas la main de Jean-Pierre sur son épaule, les regards stupéfiés de ses collègues, le ton exaspéré de la grande gigasse à lunettes.Elle claque la porte derrière elle. Elle veut juste être libre.

A suivre…

Green Fairy

NB: Ceci est une fiction.

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