Tourmentée que je suis, me voilà condamnée à écrire ces quelques lignes pour dénoncer le traître qui par sa lâche désertion du front, m’a privée de la joie incommensurable d’un repos salvateur et mérité. Car le gredin ne s’est pas contenté de gâcher mes nuits mais aussi mes journées qui s’étirent à n’en plus finir dans une longue litanie de bâillements inappropriés face à un public tout à la fois médusé et fasciné.

                    Se pourrait-il qu’une vengeance céleste se soit abattue sur ma tête pour me priver ainsi de mon bien le plus précieux: le sommeil. Je n’ai pourtant offensé les dieux de quelque manière que ce soit. Morphée est toujours le premier à bénéficier de mes soins délicats, masque au lait d’ânesse et massage à l’huile d’ylang-ylang, mais rien n’y fait, me voilà esseulée dans les limbes de la conscience, échafaudant des plans plus saugrenus les uns que les autres pour échapper aux méandres du labyrinthe touffu qu’est l’existence matérielle .

                    Et le scélérat ne se contente pas de me fuir, il me nargue dédaigneusement, oscillant entre clins d’œil arrogants et battements de cils aguicheurs. Il me rattrape dans les moments les plus inopportuns, se dérobe quand j’ai besoin de lui, tel un amant infidèle empressé d’éconduire sa maîtresse.

                   À peine ai-je commencé à coucher sur le papier ces quelques mots, que je sens sa présence par dessus mon épaule. Car c’est bien là l’ironie de l’histoire, l’inaccessible paraît alors vêtu de ses plus beaux atours pour vous mettre au supplice. Comment flatter la Bête afin qu’elle me revienne?

                   Il est temps pour moi de partir à la chasse, armée de ma seule foi, pour ramener l’insolente au bercail…

Green Fairy

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  • Hélène dit :

    Que de points communs Green Fairy, à cette heure où mes épaules douloureuses sentent le poids de ce sommeil qui me nargue à mon tour, je ressens chacun de tes mots, chacune de tes impressions, et je l’appelle aussi, sommeil, viens! afin que la fusion de la fatigue du corps et de l’agitation sensorielle, enfin calmée, se fasse. Et qu’à mon tour, les lendemains soient plus sereins. Comme ce tourbillon et ces sursauts que tu décris si bien, j’implore le silence autour de moi, en moi, et pour toi.

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