Mille pères et trois fils, c’est tout ce qu’il reste.

Des pères, il pourrait y en avoir mille. Il y en a déjà des millions. Chacun sa raison, sa ration, sa puissance. Des fils, il n’y en a plus que trois: l’un et l’autre; et l’autre encore. Mille voulaient être les pères, les initiateurs les donneurs de vie et de leçon, les pères fondateurs ou fouettards, les guides de la nation, les généreux donateurs, les économes et les « rationomes ». Mais ils ne voulaient plus de fils. Ils voulaient une puissance pour rien. Ils voulaient s’engendrer eux mêmes et demeurer enfant. Ils voulaient. Ils voulaient. Ils voulaient. Et c’était une ivresse sans vin.

Ils sont mille pères de tous les possibles qui n’arrivent pas. Mais il y a trois fils posés là.

Est-il perdu ce monde qui tuait le père? Car ce sont les fils qui sont à présent dévorés. On les veut pourtant. Les deux premiers fils avaient été voulus, l’un et l’autre, eux aussi. Ils servaient et honoraient leurs pères. Le troisième fils était un accident, mais en cela aussi il était le miroir de la volonté de ses pères. La volonté, parfois, aime sentir ses limites. C’est pourquoi elle se représente toujours le lendemain. Mais trois fils sont maintenant. Un destin posé entre mille possibilités, hypothèses, projets et mesures.

Chacun veut faire l’enfant, mais mille pères ne savent plus qui sont leurs fils.

Valériane Des Voiles

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