Connais-tu cette comptine dans laquelle un hippopotame malheureux a « tout cassé, tout cassé », et du coup sa journée est gâchée…il a aussi « tout perdu, tout perdu », et cette fois, sa journée est fichue? Si tu connais pas, voici une version remasterisée pour les grands. Tu en rêvais? Non? tant pis!

De maladresses en méchancetés, de bassesses et de combats pour rien s’amoncellent les brisés. Ils sont ces moments fragiles qui cousent ensemble tous les autres moments, pour leur donner l’allure d’une voile, d’une aile ou d’un destin. Ils étaient cette lumière de miel sous un ciel gris, qui faisait voir l’ombre et l’or ensemble; le sens par dessus tout. Les brisés sont brisés, et de ces mains coupables je ne sais pas s’il me sera donné de réparer.

« What’s done cannot be undone », disait celle qui savait que tout finit en tragédie. C’est fait, en effet. C’est brisé. Même recollés ensemble avec classe, comme dans le kintsugi, fin filet doré pour faire comme si l’on pouvait sublimer les pots cassés, les morceaux éparpillés ont perdu leur âme. Pas de résilience, pas de bienveillance, pas de pardon pour les brisés qu’à jamais on a abîmé. Vouloir les racheter, c’est les briser plus encore. On ne se rend pas ainsi maître des brisés, qui vont au vent, poussière de rien mais magie de tout. Ils nous traversent, les brisés, et nous laisse mi-larme mi-cendres. La vérité c’est que chaque brisé cassé nous avili, nous salit. C’est fait, c’est un fait. On n’y peut rien.

On peut regretter. On peut faire un nœud brûlant au fond de sa gorge. On peut se construire un petit fort de caillou au creux du bide. J’en connais aussi qui construisent de grande caisse de bois, et qui creusent leur jardin pour les enterrer là, les brisés.

Mes brisés à jamais, vous à qui j’ose dire jamais et même toujours! Mes brisés, si vous saviez comme je vous ai aimé. Dans une caresse parfois je vous revoie, et alors je vous aime encore.

Valériane Des Voiles

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