Le son de Sam #18 : Daft

Un sourire, et le cœur qui serre, car c’était inéluctable. Il n’y a aucun regret. Juste un constat. D’abord cette musique, qui ressemble à la musique qui clôturera mon enterrement, aussi poignante que délicieuse. Je vois avec vous un avant goût de la mort, forcé de constater qu’elle sera certainement triste, mais nullement funeste. Ce sera une libération, et je vous adresse ce souffle, à l’espoir, au vent, bon vent!

Je regarde en arrière et vos musiques ont parcouru ma vie. Cet Around the World, en pré ado perdu en citée phocéenne. Vacances en enfer chez ma tante un été. Enchevêtré dans les clips, et les nuits à penser car la peur avait pris le dessus. Terrifié de sortir, de chez elle, de mon corps, de moi. Je crois avoir encore sur ma peau un peu d’écorce de ce papillon qui n’aura jamais totalement mué. un morceau de moi qui porte aussi votre marque.
Les Robot-Rock, Emotion, hymnes à Game One. A chaque foie que je zappe sur cette chaîne, je me souviens plus de cette transition publicitaire que des programmes, ensorcelé, encore maintenant. Je recherche encore un Naruto qui n’est jamais paru, ou un South Park que je n’ ai pas déjà vu 15 fois. La beauté du son renvoie aussi au fait qu’une partie de moi m’anime, mais je ne la connais pas. Une énigme, comme si de vous écouter était une transe, un geste vers une liberté. J’avais des yeux neufs, excité d’enregistrer, et de voir. A 37 ans avec l’impression de croiser doublons et remakes, bois poncés, sur-poncés. A chaque fois que je réécoute ces titres on me redonne ces yeux, et je vous rend grâce.
Better Harder Faster Stronger, un jeune homme perdu dans l’alcool, et les nuits pour tenter de vivre plus, comme sortir quelque chose de sa boîte, ça a cogné, jamais au bon endroit. Ca n’est jamais réellement sorti, et le vide était rempli de tous ces instants qui auraient mérités des hurlements mais où je me suis finalement tu. C’était une course au pardon, au beuglement. Mais dans cette déformation il y avait aussi une recherche, comprendre pourquoi je me tiens là, et j’écris. Un acte éminemment moins risqué, mais néanmoins salutaire.
De Human After All à Contact, que des claques. Aussi dansant qu’entrainant dans les méandres de mes pensées, doubles, sans étiquettes, sans tout comprendre, je me retrouvais. Comme un soulagement de ne pas se sentir seul, et de troquer une infirmité contre une force, dans le monde d’autres se posent les mêmes questions. Pas besoin de les rencontrer, comme si savoir qu’ils existent suffit.
Le Random Access Memories et les discussions de midi à n’en plus finir. La vitesse et l’ivresse du train de la vie, sachant que je ne vois déjà plus la gare de départ. Un job en poche, impression d’utilité, et des certitudes arrivent, l’amour et assumer sa manière d’être et de vivre même dans ces trésors en décalé. Rien n’est pour autant ancré dans le marbre. C’est l’aléatoire qui est imprimé, les fluctuations persistantes, et les improbabilités qui arriverons, comme le sont nos vies. Un vacillement pour honneur et la question comme réponse, je ne cesserai de m’en poser, sans savoir combien de temps je pourrai continuer.

Avec de l’humour je dirai que c’est un honneur que vous n’aurez plus, car même si vous ne composez, ou ne vivez plus, vous serez là, dans les têtes et les disques durs, vous êtres gravés dans les mémoires.
Chapeau les artistes…

Sam Lebrave

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