La trace c’est ce qu’il reste. Ce qu’il reste de la violence et parfois aussi de la paix. Sans cinéma, la violence. C’était l’histoire d’une étrangère, qui ne voulait pas être là et qui ne savait pas le dire dans une langue commune. Et dans cet histoire, il y a avait une volonté qui s’imposait, qui n’entendait pas les mots, qui n’en aurait laissé aucun exister. Il voulait. Il a pris. Elle s’est tût. Fin de l’histoire de cette violence sans spectacle, sans un cri, sans une larme. Le corps perdu. Le silence. Pour revenir, il faudrait retrouver la trace.

La trace c’est le geste qu’on esquisse. L’attentat commis pour faire crever ce corps que dans le silence on déteste. Qu’il s’épuise ce pitoyable morceau de viande, ce traître qui na pas su quoi faire, qui n’a pas su montrer d’autres limites que celles de sa peau. Qu’il crève! Cette fois-ci il y a du spectacle. En silence, les os pointus se pointent et captivent. Il y a enfin quelque chose à voir. Ça dure un temps. Le corps n’en crève pas, et s’il s’épuise c’est tout doucement. Pour en mourir, il faudrait y passer sa vie. Alors vient lentement le temps d’un autre geste, d’une autre trace. Celle qui voudrait se faire empreinte. Marquer le monder de sa patte sauvage et ridiculement petite, pas pour la mémoire, juste pour sentir que le terre existe. Il existe une piste à travers les bois pour reconduire tous les corps perdus. Reprendre possession. Trouver une forme d’abri, une forme d’oubli. Et se tapir au fond de son corps pour veiller son âtre. Jolie cabane isolée.

Et puis la trace c’est une cicatrice. Une cicatrice que la douleur laisse. Celle que personne ne donne, celle qui arrive par surprise. A nouveau étrangère, impuissante et patiente. Il faut supporter. La douleur comme méditation, oubli de soi obligatoire. Nouvel abandon, mais cette fois-ci il n’était pas choisi. Il faut partir pour mettre la souffrance en sourdine. Ce corps finira bien par aller où tout le monde va. Il y restera, c’est une promesse. Cette vraie parole est une première balise pour retrouver sa trace.

Alors la trace c’est un acte d’amour. Un acte de courage aussi fort que de former une ligne sur le vide. Un don. Tiens c’est un cadeau. Essayer de ramasser ces chairs et de surmonter le dégoût, essayer de mettre des mots, essayer de clore les mots des autres. D’inventer sa langue. Facile à dire. Les chemins du retour sont sinueux et il y a encore tant à détester. Faux pas et piétinements, impatience de la volonté qui se découvre, illusion de pouvoir et suspension…Malgré tout tenter l’amour. Par hasard retrouver la trace. Combien se traversent encore comme des fantômes? Combien se blessent encore pour que leurs scarifications racontent une histoire perdue? Alors, par chance ou par hasard, retrouver la trace et s’y accrocher. Ce n’est pas à vous. C’est à moi. Le corps qui en a finit d’être une cabane, une limite, un trou. Le corps qui est un petit morceau de la terre, et la vie qui pousse dedans.

Valériane Des Voiles

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