Hier j’ai testé l’estatic dance (la family version pour être exacte). Un concept né à Hawaï, grandi en Califormie, et qui se fait fraîchement européen.  

Quelques dizaines de milliers d’années après l’homo sapiens, l’Homme du 21e siècle a donc inventé une activité hors du commun…la danse! Pardon… l’estatic dance, c’est beaucoup plus chic dans la version chamanico-anglophone. 

Ah les nouveaux concepts de notre monde! On n’est jamais à l’abri d’apprendre, en se réveillant, sur un quelconque fil d’actualité une nouvelle invention. Maintenant on mange dans le noir, on s’enferme dans des bulles à flotter, on peut fréquenter des bars à oxygène, et dans la digression de l’étrange, alors que le concept du café joyeux m’interpellait en lui-même, je me suis retrouvée perplexe sur une aire d’autoroute face à un distributeur de café arborant fièrement le logo du café joyeux, mais ne portait a priori aucun signe de trisomie.

Bref… revenons à l’estatic dance puisque c’est de ça dont on parle. Il s’agit ici de libérer son corps et son esprit sans aucune limite ni règle, excepté le respect d’autrui. 

Le principe est louable à l’heure où piste de danse rime avec vicieuse tendance, déhancher avec débaucher, et on confond se lâcher avec allécher. 

Voilà donc comment on peut en arriver à acheter son billet pour l’estatic dance. C’est une version « family » que j’avais choisie, étant accompagnée de mes deux filles.

Nous voici donc embarquées dans cette aventure, moi et ma progéniture, prêtes a jouer le jeu et se laisser emporter. 

Le déroulement, je m’y attendais à peu près, fût ainsi: 

Après s’être assis en cercle on se présente par son prénom et sa « météo d’humeur »…. En l’occurrence personne ne pleuvait à verse ni ne fit part d’un plan caniculaire à mettre en œuvre de toute urgence, mais l’assemblée se divisait plutôt entre gens « contents », « fatigués » et bien sûr quelques « pleins de gratitude » dont les enfants tout de tofu vêtus sauront mieux que quiconque appliquer la règle du « il n’y a pas de règle ». Ces petits êtres sont le fruit d’une éducation de bienveillance qui leur confère ni plus ni moins que le droit divin, en dépit peut être parfois du bon sens il faut se l’avouer. 

Je pense à cette petite fille dont la liberté la poussait à se vêtir selon son gré: en petite culotte malgré un froid de gueux. Considérant le fait qu’aujourd’hui elle doit à minima être enrhumée, je me demande quel lait d’ânesse de Papouasie a t elle accepté d’ingurgiter pour se soigner, et si sa sacro sainte liberté lui conférera le droit de refuser ce qui doit lui redonner la santé… Parenthèse fermée. 

Ici, Une règle tout de même à essayer de respecter pour mon plus grand bonheur: celle de ne pas parler. Dieu merci, en ne m’obligeant pas à rentrer en contact avec d’autres homo sapiens j’ai déjà l’impression d’avoir rentabilisé nos tickets d’entrée! 

Dans ce cercle on aurait presque pu sentir la chaleur des braises du feu de camp sauvage organisé au milieu de la forêt, et si le studio de danse n’avait pas été doté de détecteurs de fumée peut être que ce dernier aurait été envisagé, mais faute de mieux on commence à fouler le parquet. En guise d’échauffement ou d’amuse bouche on doit se faire petite graine qui germe pour devenir une fleur. Allons y! Presque naturellement les corps se mettent en mouvement, on est là pour ça on a même payé, alors on laisse la graine germer, puis une fois qu’elle est remise en terre on peut rentrer dans le vif du sujet. 

Nous voilà parties pour 2 heures de danse non stop sur une musique qui nous fait voyager sur tous les continents, dans tous les rythmes divers et variés. 

Au début le mouvement est restreint puis on se défait de tout ce qui nous retient. Peu à peu, il se fait de plus en plus ample, on se laisser aller jusqu’à un total lâcher prise.
Je m’amuse, ou plutôt m’attriste de constater que mes petites filles sont en attente de quelques consignes leur dictant comment faire pour se sentir libéré. Au bout de quelques temps la petite ronde familiale se désolidarise, on commence à se croiser, on se déplace, ou bouge, on exagère comme si on essayait d’enlever un vêtement trop serré. 

Ici pas de place pour le téléphone ou les réseaux, on vit un moment de liberté.

Dans un coin de la pièce sont entreposés des déguisements dédiés non pas aux enfants mais à qui voudrait s’en emparer. 

Je vois alors débouler un hurluberlu « plein de gratitude » qui a enfilé plus de déguisement sur lui qu’on aurait pu le faire dans une soirée de carnaval. Tutu multicolore, foulard jaune au vent et gilet scintillant. Il traverse en faisant de grands mouvements et… ma foi rien à remarquer! Je le vois passer mais je préfère continuer à m’élancer en quête de mon propre lâcher prise plutôt que de m’arrêter en si bon chemin pour regarder les autres passer et les juger. 

Ainsi, 2 heures se sont écoulées … 2 heures à danser, courir, attraper des petites mains pour les faire virevolter, à lâcher les chevaux et les cheveux, à onduler, câliner,  sauter sur des rythmes endiablés… 

On finit transpirées mais avec l’impression d’avoir inspiré une grande bouffée d’air frais. 

Vient le temps de se raccrocher au concret. Un goûter est partagé avec tous les participants. Je m’attache à l’idée que les préjugés n’ont pas leur place ici au moment de poser mon gâteau marbré de supermarché au milieu des mandarines et galettes de sarrasin/ beurre de cacahuète pour les plus gourmands… 

Puis vient l’heure de regagner notre vie bien réglée. Lorsqu’on repart, nous les 3 filles, de cette boîte de nuit-de journée tout sourire et pleines de complicité. On salue la joyeuse assemblée en les remerciant chaleureusement parce que, là précisément la météo a tourné, et je me sens « pleine de gratitude » pour ce temps passé. 

Mélodie

Author Melodie

Dans Un monde ou le pipeau est couramment parlé, c’est une Melodie désenchantée qui vient ici se représenter. Vous trouverez quelques épisodes choisis du livret de sa vie: de l’ivresse à l’ivraie, sans entracte mais livré non sans trac. Certaines allitérations lui vaudront bien des altercations, veuillez donc rajouter quelques altérations: des bémols aux mots parfois rebelles qui ne feront peut être pas une Melodie du bonheur mais proposeront une prosodie à toute heure!

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