« Et de là nous sortîmes pour revoir les étoiles »

Ah! Dante bien aimé, quelle muse a posé ce vers au sommet de ton Enfer, comme une couronne sur ton front génial? Par ces mots, même seuls, une inspiration se glisse de tes pages à l’esprit de ton lecteur. Mais enfin, savais-tu encore que ces mots ont à notre siècle un sens capital?

« Toi qui entre ici, abandonne tout espoir ». Tels sont les mots -trompeurs-sous lesquels se présente l’Enfer. Aujourd’hui aussi, c’est le désespoir qui s’affiche aux frontispices. Espérer c’est has been, c’est naïf, c’est une gaminerie que les enfants même ne devraient plus entretenir au-delà de l’âge de raison! Toi qui entre ici, sois cynique! Il s’agit au mieux de peser les chances de succès d’une entreprise, même si celle-ci est métaphysique (vous voyez un peu l’absurdité pointer le bout de son nez?), mais certainement pas de croire…

Mais Dante nous apprend que cette injonction infernale ne vaut rien pour les vivants! Nous ne pouvons que revoir les étoiles! Elles sont là, repère permanent de l’univers. Même le cynique, même le journaliste, même le politique, chacun pour soi, ce soir, vivra sous ce ciel poétique….L’homme qui ne rêve pas mais qui compte, ses heures et son argent, lui-aussi, parfois tourne son visage et questionne la nuit brillante. Sans interroger il questionne; il cherche sans savoir quoi. La réponse ne vient peut-être pas, mais qu’importe!, il s’est élancé, fragile, sur la voie lactée. Il a senti l’attraction et la gravité. Il a vibré. Il a espéré. Demain matin c’est son enfer peut-être qui recommence, mais ce soir, il est sous les étoiles.

Les matins qui chantent n’étaient pas encore à la mode, et pour Dante, c’est un soir que tout commence. A l’heure calme où tout repose sauf le promeneur à qui d’autres promeneurs sembleraient étranges, et à cette heure là seulement, une vérité éclate. C’est la naissance d’une étoile. Une vérité qui est à la fois grandeur et profondeur, intimité et oubli de soi. Comme une formule magique, le vers de Dante convoque toutes les nuits passées les yeux dans les étoiles. Qui ne se souvient du soir où, rentrant seul et fatigué, la beauté du ciel l’a cloué ? Qui ne ne souvient du soir où l’ami a pointé du doigt la Grande Ourse, en traçant dans l’air un chemin qui conduit droit au cœur?

« Revoir les étoiles », c’est bien l’issue nécessaire de tous les voyages, le but de toutes les épreuves et de tous les quotidiens. C’est une fin donc, mais c’est aussi toujours un commencement. « Revoir les étoiles », quelle belle aspiration pour tout recommencer?

 

Valériane Des Voiles

(illustration: Gustave Doré)

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