Centième : Coup de gueule et bataille des mots

Les mots ne dansent plus, cela n’importe plus, ni leur sens, ni leur non sens. La rime peut être faible, dégonflée et raz les pâquerettes, ce n’est pas cela qui intéressera. Que ça nous touche, et nous démonte, nous chagrine ou nous offense, on ne s’y attèlera pas. La poésie redevient lieu de critère, de norme et d’intransigeance. On fait gaffe à ce qu’on écrit, et surtout soucier de ne pas faire de peine. Écrire pour des destinataires en s’excusant d’emblée, on niera toute embellie sur le bûcher de la sécurité. Les donneurs de leçons trient sur le volet, tirent volontiers sur les valets, et traînent dans la boue ceux qui sont déjà dans la merde. Alors ce sera ça ? Les mots? La grande bataille de notre temps? À filer des coups d’épées dans l’eau, masquer les hontes, le banal et le mièvre en étendard? Le n’osons rien, les artifices en apparat mais lorsqu’on creuse rien, à honnir l’utilité d’une pelle. Un monde sans ampoule et sans mains, coincé. Les mots de choqués et chique molles seront des juges effrénés. Pourvu qu’ils soient bien nés, bonne peau, ou bonne confession, seulement eux pourront parler. Les autres n’ont plus rien à exister, se taire et subir, ne plus être acteur de rien, aussi gentils que des spectres en chenils. Quant à ceux qui oseront dire, écrire, rêver ou s’égarer seront occis avant même que l’encre ne sorte, une mer sans vent, ni onde, protectrice à ceux qui seront dénués de vie, mais qui traineront leurs culs sur des parterres plus sûrs, juste au dessus de nos tombes.

Bonne centième à tous, moins festive que voulue, mais nécessaire…

Sam Lebrave

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