100% régime drastique:

19h: Le silence….juste le ronronnement de Pimpon, son chat, qui s’étire paresseusement sur le canapé en sky. La fumée s’élève vers le plafond, formant un léger brouillard. Magali est bercée par l’alcool, la lumière tamisée. Ses souvenirs sont un peu flous. Elle tente de déchirer l’éther, de se remémorer ce moment où tout a basculé. Elle a bousculé Manuel dans le couloir, s’est précipité dans son bureau, a pris ses cliques et ses claques et s’est engouffrée vers la sortie la plus proche.
Fuir l’antre de l’oppresseur….Oui, c’était une question de survie.
Son téléphone n’avait cessé de vibrer dans la voiture. Elle avait fini par l’éteindre complètement quand elle avait pénétré dans son appartement.
Un animal blessé que l’on traque jusque dans sa tanière…
Pole emploi lui avait volé les 10 plus belles années de sa vie. Pire, il avait dérobé ses principes, ses valeurs, son humanité. Elle n’était devenue plus qu’une machine, non, une minuscule main mécanique de la machine. La machine peut penser, impulser une dynamique… une main mécanique n’a aucune autonomie, aucune volonté. Elle se fait dicter sa conduite par la bête immonde, puis se fait faucher au moindre signe de rébellion.
Alors elle trinque à sa liberté retrouvée, se gave de chips à s’en faire vomir. Plus jamais elle n’aura à supporter les jérémiades des chômeurs, l’optimisme béat de Jean-Pierre, le fiel de Mireille, les avances de Manuel, les remontrances de Thomas…Quel enfoiré celui-là….
Elle se dit qu’elle a vraiment abusé sur les chips, attrape la boite de pilules pour maigrir…en avale une première. Mais au fond elle culpabilise à mort…Alors elle en prend une deuxième, çà ne peut pas me faire de mal, se dit-elle. Au bout d’un moment, elle s’arrête de compter. Tout lui semble parfait.

Si Magali s’était réveillée ce matin là, elle aurait écouté les mots de soutien de ses collègues sur sa messagerie vocale, ces mots qui lui auraient donné le courage de continuer. Si elle s’était réveillée ce matin-là, elle aurait vu Mireille, bouleversée comme jamais par le suicide d’un chômeur inscrit depuis des années, s’investir dans une association d’aide aux migrants. Elle aurait félicité Jean-Pierre pour sa réussite au concours de conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation…Elle aurait suivi la nomination de Thomas en tant directeur de cabinet au ministère du travail et de la cohésion sociale. Elle aurait embelli son jardinet avec des gardénias provenant de Marciac et fleurs, la promesse du bonheur,, l’auto-entreprise florissante de Paul.
Elle aurait épousé Manuel, après la demande la plus romantique qu’il soit devant le Taj Mahal.
Mais Magali ne s’est pas réveillée ce matin-là.

Fin.

Green Fairy

NB: Ceci est une fiction.

Author Green Fairy

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Join the discussion One Comment

  • Valériane des voiles dit :

    100% convaincue par ce récit : il fallait qu’elle en crève à force de gonfler et il fallait que ses collègues soient humains aussi !

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