Avec tes richesses amoncelées, tu prends trop de place. La caverne d’Ali en est baba, tant tu t’étales : une tiare par-ci, un diamant brut par là. Des étoffes de Damas et toutes les chaînes d’or de Carthage ; le voile de Tanit et des escarboucles d’hétaïres ; les pièces d’argent et les dollars, s’entassent du sol au plafond. Pourtant, grand trésor, tu ne vaux rien. Pauvre trésor !

A la pelle, les aventuriers se présentent. Non pas qu’ils aient trouvé ta carte et compté les pas qui mènent à toi ! Non pas que tu fusses le trésor de leurs rêves ! Mais enfin, ils aspiraient à la richesse, et, vois-tu, ridicule trésor, ils sont tombés sur toi ! Trésor immense, tu t’écoules, minuscule, dans le creux d’une main vite refermée sur les quelques rubis de ton corps arrachés.

A la va-vite, fourré dans un sac, un bout de toi s’en va. Et l’homme qui l’emporte bientôt l’oubliera.

A moitié, tu es pillé, pitoyable trésor. Tes fils de soie et tes diadèmes ; tes joyaux des royaumes et tes plumes d’autruche ; tes marbres antiques et tes pierres de lune, comprends-tu, ne te servent à rien. Tu es là, riche et innombrable, en milliers de morceaux, bien pauvre. Chacun vient et se sert, heureux déjà de chiper une couronne, et de crier au moins une fois « je suis le roi ».

Trésor immense, tu occupes tout l’espace, comment veux tu que l’on te prenne ? Il fallait élever moins haut tes coupes d’opales et tes émeraudes, si tu espérais vraiment que quelqu’un t’emmène tout entier. Pauvre trésor, tu es dépouillé! Te voilà divisé et recompté comme une recette de marché. Ces zouaves te partagent en petites parts égales.

Pauvre trésor ! Tu l’as cherché.

Valériane Des Voiles

Image: The Golden Forest de Klimt

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