J’y suis allé, osé, me suis rivé au film d’ARTE. J’ai attendu la sentence, une œuvre pédante parmi tant d’autres qui viendrait me terrasser en cinq minutes. Après tout, je ne suis pas à ma place, l’heure et le sens m’aurait fait zapper au pire sur Transformers, au mieux sur Wolverine, normalement… Mais la naïveté capte et enroule d’un drap léger, les primes questions de ce chemin dont le but tarde à se dessiner n’empêchent pas de se laisser porter.

Au départ ce fut juste pour lui, je l’admets, comme les grands noms du cinéma qui forcent le respect sans même en avoir fait la démonstration. Il captive, en impose mais ne joue pas, le seul luxe affiché est celui du grade supérieur, insuffler la vie dans la récitation, à la faire perler, et à faire pencher les gorges à l’excès.

L’intérêt monte quand je comprends que la mise en abyme n’est que subterfuge, pour sentir, aussi pour rire, car tout est pesé, je détends le lien à l’œuvre, le plaisir est là, à défaire les traits qui tirent si souvent les zygomatiques à la grimace, le sourire.

J’ai noté le doigt d’honneur à celui qui croyait que le savoir permettait le dédain, celui qui ne kiffe pas mais Aime forcément plus, forcément mieux, celui pour qui le verlan ou l’anglicisme n’est qu’un dénominateur social, évidemment pas le sien. Le courage dans ce film est d’aller vers les non pourvus, si souvent raillés, synonymes de rien. Ils sont là couvés et choyés par la langue, qu’ils tirent comme des gamins le feraient sur la première babiole qui croise leurs mains.  Ils la découvrent, l’appréhendent, la manient si facilement et si vite à surpasser de littérature leurs parents. Le film pardonne. Il est complété d’humilité comme la goutte qui vient compléter la pinte déjà bien remplie, sans rien faire éclabousser.

L’amour y est décalé. Le désuet, en fil rouge de la création laisse éclater ce qui est, on oublie ce qui est joué. Le temps étant important pour différencier, s’apprécier, se jauger. Un regard, le toucher qu’on envie presque et la clarté d’un baiser dans un nuage de mimes ne trompe pas. Addition de lèvres, de phalanges, de derme. Un tableau redoutable, une scène.

Le rapport charnel à la poésie exulte, les mots défient les plus dures des âmes, passent leurs mains dans leurs chevelures et viennent embrasser les tympans, puis les yeux, puis la peau, ils maintiennent le temps et l’emprise. Ils viennent étreindre celui qui au départ aurait passé la soirée devant la play, à fumer des pet’, ils l’ont détourné. Vers le sauvage? Le naturel? L’animé?

Maestro a su faire passer la magie, endosser quelques mots et les faire passer au premier plan, sans jamais les élever sur un piédestal. Ils ne sont plus un prétexte, ils sont vivants, et en appellent à la plume. Je la touche, la penche et m’exécute…

Sam Lebrave

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