On l’attend, on l’annonce, il se rapproche, ailleurs il renverse tout, mais ici il ne vient pas…
Vince est arrivé il y a un peu moins de 8 jours. Il n’a pas souffert du décalage horaire. Par hasard, il se retrouve là, à Néa, et il s’y sent un peu entre parenthèses (comme d’autres entre guillemets). Il est un étranger.

On l’annonce, on le craint, il s’amorce, mais il ne vient pas. Une poussée d’adrénaline, un léger « coup d’ouest » sur le port, et de la pluie. Un peu de bruit. Mais il ne vient pas.
Vince n’est pas vraiment là. Son cœur coincé dans la vie d’un autre peut-être, ou dans celle d’une pierre, on peut toujours l’attendre ! Sans doute, au loin, souffle-t-il, mais de plus près, nous sommes hors d’atteinte. (Ils ont tous quitté la terre à laquelle ils appartenaient). La profondeur abolie, on peut toujours l’attendre, ce Cyclone qui changera notre vie.

Ce sera certainement pour cette nuit ! On le craint, on se calfeutre, mais ici on l’attend (désespérément). Va-t-on enfin la vivre cette aventure ?
Vince rentre les meubles du jardin, resserre les amarres du bateau. Certains semblent ne pas trop y croire. Ils font de même pourtant. C’est que dans cet ennui de la vie d’absents, ce grand coup de vent, cette destruction enfin, c’est devenu un fantasme. Dans la tempête, n’est-ce pas pour ça qu’on est venus ?! L’ailleurs déchaîné qui serait la preuve (enfin !) que quelque part en nous, il y a ce petit point de résistance qui est ici ! La présence oubliée, perdue, au milieu du vent et de la pluie battante, ne la retrouverait-on pas ? Mettre à nu le vrai caillou, la roche impénétrable, c’est ce qu’on espère tous que le Cyclone fera. La fin du monde, au bout du monde, pour voir le triomphe de « soi ».

C’est pour cette nuit !
C’est pour demain ?
Ce sera pour une prochaine fois. Vince l’a rêvé, ce sol lointain, qui remplacerait le vide de la géographie par une histoire. Le Cyclone pourrait bien être ce moment de vie justifiant toutes les lacunes. Pouvoir dire « je suis parti » (et n’être plus un quidam !). Il n’a pas souffert du décalage horaire;  l’existence se construit parce qu’il le faut bien. Au bord du lagon, nage ou crève : alors on nage. Il est là, le véritable Cyclone. Sans vent, sans pluie, sans bruit : il emporte seulement le temps. La raison d’être que l’on ne trouvait plus à domicile, n’existe pas ici non plus. Mais parce qu’ici on ne fait que passer, la raison d’être peut être ouvertement dérisoire. La « raison d’être » c’est plonger, « kiter » ; c’est la bodega, …c’est l’attente du Cyclone. La raison d’être c’est la nécessité, (que l’on comprend mieux de loin ?)

Le Cyclone ne viendra pas, et même s’il venait, il ne serait pas là.

Vince, (comme un esprit), es-tu là ?

Valériane Des Voiles

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