Il était une fois un enfant qui vivait dans une coque de noix. Il avait bien essayé de vivre dans un noisette, mais il y était trop à l’étroit ; il avait essayé de vivre dans une coquille Saint-Jacques, mais il y prenait l’eau ; il avait essayé de vivre dans une carapace de tortue, mais elle était si lourde qu’elle rendait chaque mouvement très difficile à faire. On a tort, vois-tu, de dire que les tortues sont lentes ! Elles seraient bien rapides si elles n’avaient à porter leur grosse carapace !
Seule la coque de noix avait pu faire son bonheur, bonheur.

L’enfant y était à l’aise, et depuis qu’il s’était installé là, il aimait se faire appeler Coco. En hiver, il pouvait se réchauffer dans les alcôves de la noix, et fermer correctement ses deux parties pour que le vent ne passe pas. En été, il décapotait et s’en allait voguer sur l’eau. En toutes saisons, il se taillait un morceau de noix et mangeait à sa faim sans effort. Il menait ainsi une vie à l’abri de tous les dangers.
Insouciant, il se laissait porter.
Il était arrivé, une fois ou deux, qu’une pie tente de faire de sa maison son goûter. Mais Coco n’avait qu’à siffler entre ses petits doigts pour faire fuir l’oiseau gourmand, gourmand.

Un jour de mars, alors que l’enfant à la coque de noix entamait dans son logis un grand ménage de printemps, et secouait par la fenêtre ses oreillers en plume de bébé colibri, vint un grand rapace. C’était une aigle, ou une buse. Mais l’enfant cru à une pie mieux nourrie, et n’eut pas peur quand l’oiseau s’approcha. Lorsque les deux énormes serres se refermèrent sur sa maison, il essaya d’abord de siffler, mais il eût beau souffler, crier, et même taper du pied, rien n’y fit. Cette fois-ci, l’oiseau était trop fort pour être craintif. Il vola longtemps. Coco s’était barricadé dans sa noix bien fermée, et s’inquiétait, s’inquiétait.

(à suivre)

Valériane Des Voiles

Un voyage
Next Post

Author Valériane Des Voiles

More posts by Valériane Des Voiles

Join the discussion 2 Comments

Leave a Reply