Première question : Que suis-je ?

« Ceci n’est pas une pipe », disait l’autre, tout en nous montrant une fort conventionnelle pipe en bois, créant ainsi, ou recréant (car ce monsieur ne fait qu’illustrer un problème bien connu de tous), une rupture évidente entre ce que l’on voit et ce qui est. Ou ce qui semble être.

C’est la question de la réalité d’une identité, de la puissance du nom. Si je nomme une chose ou une personne, le nom pourra-t-il jamais recouvrir une réalité ? Le bison est-il bison parce que je le nomme tel ? Le nom est alors une formule magique, l’emprise ultime de l’homme sur l’être ? Ou bien au contraire l’identité résiste-t-elle ? Se dérobe-t-elle au nom que je lui donne ?

L’être est déjà un problème. Mais l’identité de l’être est un problème au carré.

Appliquée à un bison ou à un homme, -à ce stade cela ne change peut-être pas la donne- cette question revient à se demander si l’on est bien ce que l’on est…(« Buffalo used to say, be what you are »). Et si aussi nous pourrions être maîtres de ce que nous sommes…Mon identité s’impose-t-elle à moi ? Ou bien puis-je la dresser comme un chien : « assise ! couchée ! c’est bien petite identité, tu es une bonne identité (ici une petite caresse sur la tête et un su-sucre peuvent être dispensés) ».

Sur notre image donc, le bison se fait passer pour un chien, et paraît bien agir comme un chien. Si nous sommes ce que nous faisons, ce bison est un chien. Ne te laisse pas dérouter, je ne fais que dérouler le fil rouge de l’identité labyrinthique ! Tu attendais Ariane, ou au moins le minotaure et pas de bol, te voici face au chien-bison…

Mais si nous sommes ce que nous faisons, alors l’identité n’existe que dans l’habitude. Étrange sentiment  d’être pris au piège de l’acte déterminant. Il crée un malaise n’est-ce pas ? Chacun n’a-t-il pas déjà vécu ce moment étrange où l’acte qu’il produit ne lui ressemble pas ?

Si je souris tous les jours suis-je souriante ? Si le bison dort chaque jour en chien de fusil est-il un chien ? Sommes-nous maîtres de nos habitudes ?

Te voilà lecteur, toi-aussi.

Remarques bien qu’ici tu ne trouveras pas de réponses, et que mon plaisir n’est que d’attiser tes questions. C’est toi qui crée ton identité en lisant !

To be continued…

See you space cow-boy !

Valériane Des Voiles