…J’entamais ma traversée du désert, hagarde et sans repères. Le désespoir s’emparait un peu plus de moi chaque jour. Il me semblait que le monde se délectait de ma lente agonie. J’arrivais finalement à un carrefour dont le seul attrait était le bar rutilant qui se dressait face à moi, le bar des «écumeurs de chimères». J’avais bien besoin d’un remontant. Je passais la porte le cœur lourd. Sur la scène, Satan faisait un bœuf avec des potes devant une salle à moitié vide. Je m’approchais du comptoir, réclamant d’une voix sonore de l’absinthe. La barman m’apporta la bouteille. Quelque peu éméchée, je finis par quémander à hauts cris la sagesse dans ce haut lieu de perdition.
J’attirais alors l’attention du diable ce qui, pour toute personne saine d’esprit ,n’était pas une bonne idée.

-Qu’est ce que tu as à brailler, poupée?

-Je cherche cette foutue sagesse, bébé, lui répondis-je sur un ton impudent.

Il me dévisagea un instant, puis éclata d’un rire tonitruant.

-Et tu crois que me manquer de respect est sage?

Bon, il ne fallait pas irriter les forces du Mal, aussi je songeais à un plan de retraite fissa fissa. Mais il poursuivit sur le même ton goguenard.

-Si tu commençais à définir ce que n’est pas la sagesse, cela pourrait t’être utile…

-Euh, vous êtes sans doute la personne la mieux placée pour m’aider alors, lui lançais-je timidement.

-Tu veux donc que je te livre mes secrets et prendre ma place, poupée?

Ce ton condescendant commençait sérieusement à m’agacer.

-Tu as entendu parler des 7 péchés capitaux?

-Comme tout le monde.

-Ben tu vois, tout çà déjà, ce n’est pas la sagesse.

Quel scoop! Mais il continua sur sa lancée.

-La bêtise, le mensonge, la passion…

S’en suivit une litanie à n’en plus finir. Je dus l’interrompre hardiment mais mes oreilles sifflaient trop douloureusement.

-Et en résumé? Sans vouloir vous offenser…

-Tu t’obstines à chercher la sagesse, mais la réalité est qu’elle n’est pas de ce monde.Crois-moi, je suis la preuve vivante que l’Humanité n’est pas sage et ne le sera jamais.
J’y veille soigneusement chaque jour en inspirant toutes les bassesses de cette pauvre espèce. Et ceux qui croient le contraire sont remplis d’orgueil ce qui, tu ne me contrediras pas, est l’ennemi de cette chimère que tu poursuis.

J’étais soufflée, non, révoltée, car je sentais, je savais que la sagesse était là, quelque part, attendant d’être révélée au grand jour.
-Renonce poupée, tu n’es pas de taille de toute façon.
Alors là, j’en avais assez entendu. Satan ou pas Satan, je n’avais pas à subir le mépris de ce goujat personnage plus longtemps. Il me restait encore un peu de magie féerique alors autant en profiter.
-Pas de taille, bébé?
Et sous ses yeux stupéfaits, je me grandissais, grandissais et grandissais encore jusqu’à devenir une géante des Monts d’Auraure. Puis je lui décrochais un uppercut sanglant dans sa face vaniteuse. Il ne l’avait pas vu venir. Le son de sa mâchoire brisée n’en fut que plus spectaculaire. Je réalisais que toute sagesse m’avait définitivement désertée. Retrouvant ma taille originelle, je décampais au plus vite (guère aisé de rattraper une fée en vol!), laissant derrière moi une pagaille monumentale dont ce cher Maître des enfers se souviendrait longtemps….

.À suivre

Green Fairy

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