Si je me pose là, deux égarés au hasard, au banc de l’infini, une attraction de guingois, un instinct grégaire et apaisement de paroi, c’est parce qu’au fond de moi, je me rapproche de toi, comme si c’était la dernière fois.

Si je te regarde avec insistance, cherchant à goûter le moindre bout d’iris, chaque aspérité de la couronne fleurie, donner une place interdite au monde du silence, me perdre dans ton noir des instants qui ne finissent, jouer avec tes cils comme avec le gravier du précipice, c’est parce qu’au fond de moi, je le perçois, ça sera la dernière fois.

Si je t’effleure avec une attention continuelle, cercles concentriques, non consensuels, traits uniques aux sillons de tes parcelles, épouser de mes mains tes flancs en accroche libertaire, plie sur les freins et relie le physique à un âtre charnel, chaleur d’asile, corps de peaux, corps de mains, c’est parce que là, entre toi et moi, cette lisière qui me dicte la suite, c’est la dernière fois.

Si je baise ainsi, amener l’émoi à torrents et les lèvres à bout de science, et par seaux je rends ma suie, on siphonne les puits de notre inventivité inédite et on se livre, intransigeant sur ce que l’on vit, l’étreinte parsemée de charbon, ardent parapluie, trembler jusqu’à ce que la machine se démembre, c’est parce du bout de moi, je me mêle en toi, une dernière fois.

Et si je meurs en un murmure de la jambe, froissement d’épuisement, le cœur qui détend son arc, comme un sourire dans la pénombre, à demi caché, à demi prostré, la flèche touche le sol de honte, pointe au ciel et plume qui fixe la détente, les valves palpent et courbent l’échine, c’est pour qu’au fond de moi, il ne batte pas en vain, une dernière fois.

 

Sam Lebrave

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